Météo : Plutôt changeant : quelques belles saucées et des bonnes tranches de ciel bleu…
Ce que l’on apprend sur l’Ecosse et les Ecossais :
Pourquoi exploite-t-on la tourbe ?
Connaissez-vous le principe du banc-mémorial ?
Nous avons plutôt bien dormi dans nos lits superposés, rien de particulier à dire sur cette nuit… Nous descendons à la cuisine pour le petit-déjeuner « inclus dans le prix ». Les placards sont quasi-vides ou plutôt plein de trucs appartenant aux différents résidents (dans des sachets avec leur nom dessus). On déniche quand même une vieille boîte de Weetabix un peu ramollis et une bouteille de lait au frigo. Avant de trouver la bonne bouteille de lait, notons que j’ai quand même versé du lait tourné sur mes Weetabix, (youpi !). En gros, le gérant du Backpackers Hostel où nous nous trouvons n’est ni très à cheval sur l’hygiène ni sur le niveau de remplissage de ses placards…
M’enfin, passons, c’est pas grave, aujourd’hui on va faire du vélo ! On guette le temps qui a l’air de ne pas encore trop savoir lui-même ce qu’il va faire en allant chez un bonhomme très sympa (on comprend tout ce qu’il dit !) qui nous prépare nos vélos et nous dit que nous pouvons les lui ramener le lendemain matin à 9h si ça nous chante. En toute innocence nous lui répondons que nous pensons largement être rentrés avant la fermeture de la boutique à 19h et enfourchons nos bolides…
C’est parti : il faut maintenant se coller à la réalité de l’Ecosse. Ici les gens roulent à gauche. A chaque carrefour je le redis à Seb dont le naturel revient au galop systématiquement mais assez vite nous sortons du village et nous engageons sur une toute petite route qui traverse l’île et qu’on nous a conseillée pour plus de tranquillité. Le problème du sens de conduite et réglé et, à la limite, celui des voitures aussi…
C’est parti ! Vive les photos à vélo !
Quand il arrive qu’une voiture se pointe, les passing places s’avèrent très utiles… La route que nous suivons traverse donc l’île de Lewis tout droit d’Est en Ouest. Le trajet dans l’intérieur des terres présente peu de dénivelé et les paysages ne sont pas très variés (mais magnifiques au demeurant). Les tourbières de l’île sont souvent exploitées, ce qui se traduit par de grandes et longues « cicatrices » : les bandes de tourbe qui ont été enlevées et découpées en gros pavés. Au passage nous apprenons, ou plutôt nous nous rappelons (car cela fait partie des choses que l’on sait sans trop se rappeler d’où on le tient), que la tourbe brûle bien, ce qui en fait un combustible utilisé par les hommes dès lors qu’ils en trouvent. Ce dont je ne me doutais pas en revanche, c’est que ce mode de chauffage était encore très courant en Ecosse, ou du moins sur les îles… Il faut dire que leurs tourbières se régénèrent plus vite qu’ils ne les exploitent tellement il y en a, alors avant qu’ils les fassent disparaître, on a un bon bout de temps… Bref, ça fait qu’on a souvent vu devant les maisons les gros sacs de raffia pleins de pavés de tourbe. J’ai d’abord innocemment cru que c’était pour leurs jardins mais l’état desdits jardins et ma mémoire (la tranche « ce que je sais sans me rappeler d’où je le tiens ») m’ont aidés à remettre les choses dans l’ordre…
La route : tout droit à travers la lande
Le paysage, variante 1 : des moutons et des tourbières exploitées
Le paysage, variante 2 : des lochs, de la lande et des collines
Les rares traces d’activité humaine au cœur de l’île : l’exploitation de la tourbe Notre but est la côte Ouest et différents sites remarquables que nous souhaitons y voir. Après une longue phase de terrain plutôt plat à l’intérieur des terres avec un ciel gris mais rarement plus de trois gouttes de pluie, nous arrivons au bord de la côte à une zone beaucoup plus vallonnée (donc avec plus d’efforts à fournir) et il se met à pleuvoir (il fallait s’en douter).
Heureusement nous avons tout prévu et enfilons veste et pantalon de K-way voire même cape de pluie. Ainsi parés, on se mouille certes moins mais c’est aussi beaucoup plus dur de pédaler, surtout quand ça monte et qu’on a la pluie qui vient de face ! J’en conclus mentalement que le pantalon de K-way ne doit pas être prévu pour faire du vélo et je croise mes doigts mouillés pour que l’averse passe vite… La pluie cesse à peu près au moment où nous arrivons, après une montée évidemment, à Callanish, notre première étape : il s’agit de l’un des sites préhistoriques de l’île, selon le Lonely Planet, « l’un des cercles de pierres les plus complets de Grande-Bretagne »… juste après Stonehedge je suppose. La description avantageuse du site nous avait plutôt alléchés et il faut avouer que cela valait le voyage ! Il y a là 13 très grandes pierres plates dressées en l’air et formant un cercle et tout autour une quarantaine d’autre pierres du même genre mais plus petites formant comme une grande croix selon les axes Nord-Sud et Est-Ouest. Tout un tas de questions s’imposent alors, de « mais comment ils ont fait pour dresser des pierres aussi lourdes ? » (et qui ne bougent pas d’un pouce quand bien même on s’y appuierait de tout son poids, je le sais, j’ai essayé !) à « mais qu’est-ce que ça veut dire ? ».
Les standing stones de Callanish : impressionnant.
No comment, on s’y croirait ! Il ne manque plus que Panoramix et son chaudron… Il y a des panneaux à côté qui expliquent l’ordre probable de « construction » de l’ensemble du site, car toutes les pierres n’ont pas été implantées en même temps. L’usage du sol alentour à aussi varié : il a d’abord été cultivé puis a été abandonné de sorte qu’à un moment, la tourbe s’est tellement développée qu’elle était 1m50 au-dessus de son niveau actuel (ça devait être nettement moins impressionnant).
Après cet intermède mystérieux, et au vu de la prochaine averse qui arrive sur nous, nous ré-enfourchons nos bolides pour l’étape suivante. Nous avons pédalé trop vite : la pluie ne se décide à tomber qu’à notre arrivée au broch de Dun Carloway (prononcer « bror ») et nous accompagnera encore un moment après notre départ… Si j’ai bien compris, on ne sait pas à quoi servaient les brochs : il n’y a rien de sûr à ce sujet, hormis qu’ils datent de l’âge de fer et que l’on n’y vivait pas. En-dehors de cela rien ne permet pour l’instant de trancher entre un usage défensif (tour de guet et/ou refuge) ou pastoral. Quoiqu’il en soit c’est un édifice assez impressionnant, tout en pierre, avec une double paroi et entre les deux des coursives en pierre plates… Attention à la tête !
Un « broch »…
… vu en coupe !
Et là, c’est moi dedans ! A ce moment-là, nos estomacs commencent à se manifester mais la pluie n’a pas cessé… Le seul endroit abrité du lieu étant les WC publics, nous choisissons de reprendre nos vélos pour donner à la pluie l’occasion de s’arrêter ou au pire de trouver un abribus ou autre endroit d’un romantisme équivalent pour manger nos sandwiches du jour… Nous finissons finalement près d’un square pour enfants sur des bancs de pique-nique mouillés. Pas génial, mais la faim et surtout la joie d’absorber bientôt la pitance du jour nous aident à trouver le moment plaisant…
La prochaine étape sur notre route est le village de Garenin (comme Anna… Ceux qui ne comprennent pas la blague peuvent me demander de la leur expliquer), en particulier sa partie ancienne. Il s’agit des Gearrannan blackhouses, un ancien hameau de pêcheurs au bâti traditionnel parfaitement préservé. C’étaient des maisons bâties en pierres sèches au toit de chaume retenu par des filets lestés de grosses pierres plates et on s’y chauffait à la tourbe. Elles ont été habitées jusque dans les années 1970 puis ont été abandonnées au profit des fameuses Council Houses dont je vous ai déjà parlé. Une association s’était alors chargée de préserver ce patrimoine qui constituait la seule trace du bâti traditionnel des Hébrides, les blackhouses, donc.
Pourquoi « black » les houses, me direz-vous… Le Lonely Planet n’en dit rien mais à la lecture du Journal de voyage de mes deux gugus en 1773, je peux proposer une explication : ils disent parfois que les murs et le toit de certaines chaumières qu’ils croisent sur l’île de Skye sont faites de mottes de gazon. Or, vu la tête du « gazon » dans ces contrées, j’aurais plutôt tendance à penser que c’est plutôt des morceaux de tourbe qui étaient utilisés. Et comme la tourbe est très sombre ça ferait des maisons toutes noires. Pourquoi pas après tout ! Si quelqu’un a l’explication véritable, je suis volontiers prête à m’instruire ! Bref, pour revenir à notre village de pêcheurs, il a aujourd’hui été repris en main : de gros travaux de rénovation ont été entrepris (pas encore terminés d’ailleurs, vous pouvez voir sur une des photos que la couverture du toit d’une maison manque), un musée, un hôtel, un restau y ont été implantés, et les autres maisons peuvent être louées à la semaine… Selon le Lonely Planet, ça va de 276 à 456 livres la semaine pour une maison de 5 personnes. Evidemment, on s’y chauffe à la tourbe, d’où les gros tas sombres derrière les maisons.
Les « blackhouses » du petit village de Gearrannan, village de pêcheurs installé comme il se doit dans une charmante petite crique…
Les tas de tourbe à l’arrière des maisons à louer, pour un séjour totalement à l’ancienne ! Le temps est revenu à du franchement beau : nous quittons nos capes et K-ways pour visiter un peu le site… Nous montons en aplomb du village d’où nous avons une magnifique vue sur la mer, et puis en plus ça tombe bien : il y a là un petit banc en pierre… Au passage, c’est la première fois que nous tombons sur un banc-mémorial, c’est-à-dire un banc installé « à la mémoire de… ». Il nous est arrivé par la suite d’en voir énormément. A vrai dire, je me demande si un seul des bancs que nous avons vus n’était pas à la mémoire de quelqu’un… Pas idiot comme tradition : un banc est bien plus utile qu’une plaque de marbre ou une statue sur un square et il y a en tous cas beaucoup plus d’usagers susceptibles de lire le nom de la personne en question…
Nous reprenons nos vélos et avant de repartir cherchons une petite plage : elles sont selon le Lonely Planet très jolies et bien que l’heure tourne nous aimerions en voir une avant de rentrer vers Stornoway. Nous prenons au hasard la première route vers la mer que nous trouvons et faisons fort bien d’ailleurs : nous arrivons dans une petite baie toute mimi où quelques surfeurs profitent déjà des vagues… La route descend franchement jusqu’à la plage en faisant des virages entre les collines : outre que nous pensons déjà aux douleurs dans nos mollets au retour, nous découvrons au dernier moment un cimetière surplombant la mer. Ca donne franchement envie d’être enterré là ! C’est la « belle mort », en quelque sorte ! Une fois descendus de nos vélos, on passe assez près des tombes pour lire que ce sont tous des Mac Leod. Sur le coup ça nous a un peu surpris mais j’ai depuis bénéficié des lumières de Johnson et Boswell (toujours les deux de 1773) qui m’ont expliqué que dans les systèmes de clans, tous les membres du clan s’appelaient pareil. On se retrouve d’ailleurs dans le bouquin avec des passages dans le genre : « Grâce à la protection de Sir Allan, nous fûmes hébergés pour la nuit par Mr Maclean, un pasteur qui vit sur la côte […]. Le lendemain, nous dînâmes chez le Dr Maclean, un médecin, et de là nous rendîmes chez un laird très puissant Maclean de Lochbuy car, dans ce pays, tout le monde se nomme Maclean ».
Une petite baie sympa où les gens viennent surfer
Bien sûr ça impressionne moins sur la photo à cause des vans des surfeurs, mais arriver sur ce cimetière en bord de mer, c’est quelque chose…
J’ai pensé à vos fonds d’écran ! Et voilà, après une petite pause dans la crique, nous voilà repartis face à l’horrible montée pour rejoindre la route du retour. A ce moment-là c’est Seb qui avait l’appareil, et qui, étant arrivé avant moi en haut, s’est fait un malin plaisir de me photographier en plein effort… Petit, vil et mesquin ! Heureusement j’ai eu la présence d’esprit de sourire quand même… Pour autant vous ne verrez pas ces photos !
Sur le retour, pas grand-chose à dire… Nous avons eu la chance de passer entre les averses au retour en croisant toujours autant de monde sur la route, et avons même eu droit à un arc-en-ciel pour notre retour à Stornoway !
Nos plus fréquentes rencontres ce jour-là…
Un retour placé sous de bons auspices… De retour au Backpacker’s, nous n’avons qu’une idée en tête : prendre une bonne douche ! Honneur aux dames, j’y vais d’abord… Au moment où je sors de la chambre avec mes affaires, je me rends compte que la salle de bains est déjà prise… Tant pis, j’attends un peu… Un des Français du groupe d’en face sort, je rassemble mes affaires mais au moment où j’ouvre la porte de la chambre, c’est pour voir celle de la salle de bains qui se referme, bruit du loquet, bruit de douche. Un autre français est dedans. Bon, ben c’est pas grave. Je vais attendre encore… Le coup d’après c’est bon, la salle de bains est libre, la pore de la chambre d’en face est fermée, ça rigole, ils doivent avoir fini. J’y vais, ferme la porte, etc… Là on essaie d’ouvrir la porte, volée de jurons en français, v’là-t-y pas qu’ça s’énerve. Une porte claque, j’entends le français outragé raconter son horrible mésaventure à ses copains de chambrée. Moi je me dis « c’est pas possible, j’hallucine ! Ils sont pas en train de râler parce que je suis dans la salle de bains quand même ?! ». Ca se calme pas. J’entends la voix de Seb dans la chambre des Français (calme) et des réponses du genre « elle abuse quand même ». Bon, je me sèche, je m’habille, je sors. Personne. Je vais retrouver Seb dans la chambre qui me raconte ce qui s’est passé : entendant que ça s’échauffait dans la chambre d’en face, il est allés les voir en leur disant qu’on était français et donc qu’on comprenait ce qu’ils disaient. Ca les a un peu calmés mais ils ont quand même dit qu’ « ici les bars ferment à minuit, alors il faut qu’on sorte vite ». Les pauvres chéris ! Dans ce cas, ce n’est pas Stornoway qu’il fallait choisir pour un enterrement de vie de garçon mais plutôt Glasgow ! Seb leur a aussi rappelé qu’il y avait une deuxième salle de bains en bas « Oui mais l’eau est froide – Ben si t’es pressé tu prends une douche froide » (Pan, dans les dents ! Bien répondu mon cœur !). Au passage, en fait d’être pressés, une fois que môssieur le-dernier-à-se-doucher est sorti de la salle de bains ils ont mis plus de 20 minutes à décoller, c’était bien la peine de faire chier le monde ! Je terminerai par le must de ce qu’ils ont dit (allez comprendre pourquoi les français passent pour des gros grincheux à l’étranger !!) : « Elle abuse, quand même ! Faut partager ! » O_o !!! Quel culot ! C’est quand même eux qui monopolisaient la salle de bains ! Incroyable ! Je dois dire que ce soir-là j’ai mis du temps à m’endormir tellement j’étais énervée !
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