lundi 10 septembre 2007

Glasgow et Fort Williams, 3ème jour.

Impression générale : Intéressant le matin, fatigant l’après-midi
Météo : Moyen bof
Ce que l’on apprend sur l’Ecosse et les Ecossais :
Quel est le plus sérieux problème de société en Ecosse ?
C’est pas des moucherons, c’est des midges !



Et pour commencer une autre petite énigme, même si la photo n’est pas bonne … Selon vous, à quoi servait cet objet ?


Deuxième nuit en Ecosse. Je me suis régulièrement réveillée en panique pensant être en retard (je n’ai pas une extrême confiance dans l’autonomie de mon téléphone portable dans un pays où les prises ne permettent pas de brancher des chargeurs français) mais finalement, le réveil a fonctionné à 8h, comme je le lui avais demandé (gentille machine !). Hop, hop, hop, je me douche je m’habille et me voilà à 8h30 à l’étage de la salle commune où j’ai rendez-vous avec Seb (qui lui est dans un dortoir de garçons, je vous le rappelle). Je l’attends en détaillant la moquette, en relisant 12000 fois la plaque qui dit ce qu’on trouve à chaque étage (« Tiens, il y a une laverie ?! ») et en jetant des coups d’œil furtifs aux gens qui sortent de l’ascenseur. Au début je trouve des excuses et des tas d’explications du genre « il ne doit pas y avoir de place à la douche » ou « l’ascenseur doit être monopolisé par les femmes de ménage qui transportent des chariots de linge » mais au bout de 20 minutes je finis par aller à son étage car il était entre nous franchement plus probable qu’il se soit rendormi... Arrivée au 6ème, je frappe en espérant qu’on ne soit pas croisés. Pas de réponse. J’insiste un peu en me disant « t’es un peu conne, tu vas réveiller tout le dortoir et s’il faut il t’attend au p’tit déj… » et là, la porte s’ouvre sur Seb tout endormi. Moi contente de le trouver finalement je lui dit entre le reproche et l’amusement (si, si, c’est possible !) « Ben alors, tu t’es pas réveillé ? » et v’là-t-y pas qu’il me répond « il est 8 heures moins cinq »… Là, je bugge quelques secondes… Pour m’aider, Seb me rappelle qu’il y a une heure de décalage avec la France. Ben oui je le sais bien j’ai réglé ma montre exprès… Pas mon portable…

Bon je suis confuse, je le laisse se préparer en l’attendant cette fois de manière beaucoup plus sereine avec un bouquin pour passer le temps… Il arrive finalement et on essaye de grappiller quelques trucs à manger. Les cruches et les saladiers se vident en moins de 2 et les personnes chargées du ravitaillement ont du mal à suivre, même en courant ! Au passage, je note qu’il y avait nettement moins de monde une heure auparavant… Une fois qu’on a réussi à avoir les fonds du saladier de Weetabix, un demi-verre de jus d’orange et une cuillère on s’installe là où il reste de la place… On tombe évidemment dans une table à dominante française (il y a des français partout dans cet hôtel, le dépaysement n’est pas flagrant), à côté notamment d’un bonhomme qui vit depuis quelques années en Irlande avec un maillot de foot du Celtic (pas l’eau minérale alsacienne). Il est venu à Glasgow juste pour voir le match qui a eu lieu la veille (effectivement on avait croisés pas mal de gens habillés de vert et blanc, les couleurs du Celtic, dans la rue la veille…). De là ça dérive sur l’opposition aux Anglais et sur la franche aversion qu’ils inspirent à de nombreux Ecossais et Irlandais, et on arrive donc tout logiquement à parler de la situation en Irlande… On peut dire qu’on est tombés de haut (enfin, au moins moi) car on s’est rendus compte qu’il existait encore de très sérieuses tensions dans le pays entre protestants et catholiques.

N.B. avant de relater l’épisode : j’espère ne heurter la sensibilité religieuse de personne en retranscrivant les propos de ce gars, mais bon, voilà c’est ce qu’il nous a raconté. Cela dit, j’ai l’impression que les termes « catholiques » et « protestants » décrivent en Irlande deux populations franchement différentes et ce largement au-delà de leur religion, donc même dans la bouche de notre voisin de petit dej’ je ne pense pas qu’il faille interpréter tout ça comme des jugements sur la religion… Voilà, ça c’est fait, je poursuis…

Ce qui était drôle c’était l’implication du bonhomme là-dedans : il était catholique, même s’il était athée car « là-bas tu es soit l’un, soit l’autre » et il disait toujours « nous » en parlant des catholiques. Au début j’avais un peu de mal à le suivre car j’interprétais d’abord le « nous » comme « la communauté française en Irlande »… Il nous a expliqué qu’il y avait des quartiers catholique et des quartiers protestants, et que si un protestant venait à s’aventurer dans un quartier catholique, ils lui expliquaient qu’il ne pouvait pas rester là et lui appelaient un taxi, mais qu’à l’inverse, si un catholique allait dans un quartier protestant il était sûr de se faire tabasser (« Nous on est vachement plus tolérants qu’eux ! »). Alors on lui demande s’ils se connaissent tous au point de savoir qui est catholique et qui est protestant, mais il nous a répondu que ça se voyait et qu’il saurait différencier l’un de l’autre dans la rue. Il nous a aussi dit que les protestants étaient vraiment bêtes et que c’était bien pour ça que l’Angleterre ne voulait pas d’eux, et aussi que les catholiques faisaient plus d’enfants et qu’ils étaient passés d’une minorité à presque pareil que les protestants et que « bientôt on sera plus nombreux qu’eux ». J’avoue que j’ai été à la fois ravie de discuter avec cette personne et franchement mal à l’aise face à son discours, désinvolte et extérieur dans le ton, mais très impliqué dans les mots… Bref, pas inintéressant mais largement insuffisant pour se faire une opinion… Il faudra qu’on aille voir nous-même !

Après ce petit déj’ qui avait du coup un peu duré, on est allés faire nos sacs, et on est partis (mais oui on a payé, comme vous êtes alors !), direction le People’s Palace, un musée sur les Ecossais et leurs mœurs dans une jolie bâtisse au milieu d’un parc. En arrivant on a demandé au gardien si on pouvait laisser nos gros sacs quelque part et comme il était sympa mais qu’il n’y avait pas de place, on les a mis dans le placard à balais (!). Alors sur le People’s Palace, on n’a que des compliments à vous faire : c’est un musée très ludique aussi bien pour les petits que pour les grands. De dehors ça paraît relativement petit, mais au final il y a plein de petites choses à faire, les sujets sont traités de façon assez démonstrative (il y a des reconstitutions d’intérieurs du début du XXe siècle, des trappes à ouvrir pour découvrir des objets, des petites anecdotes, on peut jouer à la marchande en disant qu’on faisait comme si on allait à l’épicerie juste après la guerre et voir ce qu’on pouvait acheter, on peut faire la lessive à l’ancienne …), et bien sûr c’est gratuit ! Parmi les trucs sympathiques qu’on a vus, il y avait l’énigme d’aujourd’hui (vous savez, la photo tout en haut du message), et aussi ça :









C’est le People’s Palace qui l’a dit ! Le flou n’était pas prémédité mais colle finalement pas mal au sujet…










Le kit « je-sauve-ma-vie-en-1918 » : un bouquin de prière allemand ramassé sur le champ de bataille et un miroir dans la poche de ma veste… Rien de plus simple pour arrêter une balle ! Une partie du musée raconte l’histoire de ce bonhomme et de sa femme car de nombreuses lettres sont restées. C’est passionnant et très émouvant d’essayer de se mettre à leur place.


Le jardin d’hiver du People’s Palace… Sympa pour prendre un café !

Comme vous voyez, le bâtiment en lui-même était aussi fort sympathique… Il y a quelque chose que l’on a appris dans ce musée et qui nous a un peu éclairés sur ce qu’on avait vu depuis que nous étions arrivés et qui nous avait un peu interpellés… En fait à part dans les hyper-centre-villes, on trouve très peu d’habitat très ancien. La majorité des maisons semblent dater de la fin du XIX et ce qui est le plus choquant est que ce sont toutes strictement les mêmes, sur le principe de certaines banlieues pavillonnaires mais en plus vieux. C’est là que je regrette de n’avoir pas mieux lu ces panneaux car maintenant, environ un mois après, c’est vraiment méga flou !! A ma décharge, les panneaux étaient en anglais et plus conséquents à cet étage qu’à la partie du dessous, et puis aussi je venais de simuler une alerte à la bombe dans un abri anti-missiles de la seconde guerre mondiale, alors j’avais pas top envie de me remettre à réfléchir ! Bref ce que je me rappelle, c’est qu’à l’époque (genre seconde moitié du XIXe et début XXe) les logements en ville appartenaient à de grands propriétaires qui avaient de nombreux immeubles, à tels points qu’ils employaient souvent une personne chargée de collecter les loyers à leur place. En gros, quasiment personne n’était propriétaire de son logement. Evidemment, les propriétaires augmentaient régulièrement les prix de ce qui devenait des taudis insalubres et il y avait tellement peu de logements et donc une telle demande qu’ils n’hésitaient pas une seconde avant de mettre ceux qui refusaient de payer à la porte. Mais ce phénomène a atteint une telle ampleur qu’il y a eu d’énormes mouvements de protestation. En réaction, le Council (le gouvernement) a fait construire des tas de logements neufs à des prix accessibles à des familles modestes et avec un minimum de confort (genre cuisine et chambre séparées). Et ces fameux immeubles étaient tous bâtis sur le même modèle qu’on retrouve partout dans le pays. Je ne sais pas s’ils ont aussi fait construire des maisons où s’ils ont accordé des prêts ou des solutions de financement, mais on a aussi entendu parler plus tard dans les Hébrides de « Council Houses », à notre grande déception d’ailleurs, car le bâti traditionnel se ruine là-bas à vue d’œil… En même temps entre une maisonnette aux murs de pierres empilées et au sol en terre battue et une Council House tout confort, le choix est facile à faire… Mais ça fait quand même de la peine de voir les tas de pierres en se disant qu’avant il y avait une maison là… Bref, voilà, tout ça pour dire que ça nous a surpris de constater que l’Ecosse et la France n’ont pas du tout connus les mêmes difficultés aux mêmes moments… Eh oui, on sort de chez nous et on se rend compte que c’est pas partout pareil ! C’est magique ! Vive les voyages !

Après avoir récupéré nos sacs et salué l’aspirateur au passage, on a mangé nos sandwiches tout près, dans le Parc (il y avait une éclaircie à ce moment-là !), puis on s’est dirigés vers la gare routière où nous devions prendre le bus pour rejoindre Fort William, notre étape du soir. Nous trouvons la gare et notre bus sans problème : en fait ils prennent tellement le bus en Ecosse que les gares routières sont super bien organisées. Bref on monte dans le car (oui parce que c’était une longue distance… Enfin, je sais pas trop si c’est vraiment ça la différence entre « bus » et « car »…) et c’est parti pour 3 heures de trajet… On constate à l’occasion que les Ecossais roulent comme des fous, ou du moins qu’ils nous font un peu peur. Ca s’est confirmé dans la suite du périple, presque systématiquement… En revanche, systématiquement aussi ils étaient très respectueux de vélos et des moutons qui se trouvent parfois sur la route (ça arrive souvent dans les Highlands et sur les îles où on a été car il y a très peu de clôtures). Ils préfèrent s’arrêter au milieu de nulle part plutôt que de frôler un vélo ou d’effrayer un mouton. C’est peut-être pour rattraper le temps qu’ils perdent à ces occasions qu’ils roulent comme des fous le reste du temps ?! Je profite de quelques minutes (hum hum) de ce trajet pour dormir un peu. Il faut dire que je me suis levée un peu en avance !

En fin d’après-midi, nous arrivons à Fort William. La station du bus se trouve juste à côté d’un supermarché où nous allons nous ravitailler pour les 2 jours qui viennent, prévus sous la tente (enfin les nuits seulement, vous vous imaginez bien qu’étant en Ecosse on avait prévu autre chose pour les journées). Nous marchons ensuite pendant presque une heure pour essayer de trouver un endroit où planter la tente. Le camping aurait été tout indiqué pour cela sauf qu’il était un peu loin et que Seb est un peu Auvergnat (Aveyronnais c’est pareil !). Je dis ça pour le charrier bien sûr (même si c’est un peu vrai quand même…). Au passage, on a commencé à entrevoir ce jour-là que le camping sauvage, auquel on avait pas mal prévu d’avoir recours, ne serait pas évident à appliquer vu que la majorité des sols sont trempés. On campe finalement sur le bord d’un chemin, à peu près au sec (je parle seulement du sol), entre la rivière et des pâturages. Vaches et moutons nous accueillent bruyamment, quant à la rivière elle semble faire le même bruit que d’habitude... Et c’est là, en déballant dos affaires après avoir monté la tente qu’on découvre les midges … Au début on a pensé que c’était un nuée de petits moucherons comme il arrive d’en voir dans les parcs ou quand on se ballade dans la campagne. Voilà, c’est un peu désagréable quand on est dedans mais rien de plus… Ben les midges ça ressemble à ces moucherons sauf que ça pique ! Ce soir-là on n’avait pas encore acheté le produit anti-midges (oui parce qu’il faut un produit spécial, on n’en trouve pas en France), ça fait qu’on en a mangé un paquet avec le riz et qu’on s’est donnés des claques toute la soirée… Bon c’est une bien piètre consolation, mais contrairement à des moustiques, les midges on peut les tuer presque à tous les coups, ils sont un peu cons, ils s’envolent pas une fois qu’ils sont posés… Par la suite, on aura l’occasion d’entendre d’authentiques Ecossais parler de ces petites créatures en ces termes : « Fucking midges ! ». On a aussitôt adopté l’expression ! ^_^








Premier soir sous la tente !













On ne voit pas très bien, mais ça c’est les mains de Seb après quelques jours dans la nature et donc … avec les midges ! En regardant bien on voit plein de petits boutons…






Enfin voilà, encore une journée bien riche, on est bien crevés, on va se coucher !


La réponse en image…
Si si, c’est véridique : ça servait à transporter les bonhommes tout saouls !

4 commentaires:

Anonyme a dit…

J'adoooooooooooore ma petite pause du jour où je lis tes petites aventures. T'écris super bien, je me marre devant mon écran et mes collègues croient que je suis folle... J'ai hête de lire la suite.

Lucile a dit…

Coucou Ade!

Ben si t'as "hête" alors, je vais essayer de m'y tenir! ;-)
Ce soir logiquement le petit est au rugby et j'ai pas de réunion... (Oui mais j'ai du repassage... Pfff). Je vais quand même essayer de rédiger la suite!

Anonyme a dit…

Ju et JB sont venus. Ils ont vu. Ils reviendrus. Bye et biz la Lu ! Slu !

Lucile a dit…

Ah, merci, c'est cool d'avoir de vos nouvelles! J'essaie de vous appeler mercredi soir les girls! Bisous à vous deux les "gros"!